HP : Se relever d’un échec professionnel

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Pour illustrer l’échec relatif du haut potentiel au travail, je vais vous relater un cas anonymé. J…  dit Jules dans un emploi pas à la mesure de son talent qui valide deux ans plus tard un CAPES  de mathématiques. Impressionnant.

Le premier entretien thérapeutique, il ne vient pas au cabinet à son rendez vous. Il ne s’excuse pas. Je note dans ma tête mais sans plus …je me suis peut-être trompée, dans mon agenda. Le soir j’ai un message sur mon téléphone, me suppliant de ne pas me décourager, de ne pas le laisser tomber, de lui laisser une autre chance. Ce à quoi je réponds qu’il n’y a pas de souci que son retard sa défection sont juste un symptôme et qu’ on va faire avec.

JE LUI ÉNONCE LES PREMIERES REGLES qu’il accepte : il s’acquitte de la séance ratée et on booke des rendez-vous en fin de journée…de façon à ce que je ne sois pas pénalisée s’ il ne vient pas. Il accepte la loi, la défection ne se reproduira plus.

SURDOUE ET TROUBLES DE LA PERSONNALITÉ

Quand je le vois pour la première fois, au bout de 20 minutes d’entretien, et sans douter un instant de son QI, je lui demande s’il a envisagé UNE ALLOCATION D’ADULTE HANDICAPE, tellement je le sens loin du travail…et pourtant chez moi, mes patients vous le diraient, tout le monde bosse …JULES est un surdoué certes mais un surdoué rebelle, il n’a pas appris le travail, la contrainte, le travail rendu, les horaires, la discipline….

Il se raconte …..Dans sa famille, Jules fait figure de ET, de vilain canard….Son père est « désemparé » devant son intelligence….« A cette époque, j’avais le sentiment que mon père ne m’aimait pas, préférait mon frère  COMME LUI. il éprouvait une « gêne » face à ma réussite scolaire.Mes facilités intellectuelles m’éloignaient de lui. Je savais que, selon lui, le travail intellectuel n’était pas un « vrai travail ».

A partir de l’âge de 15 ans, les relations avec mon père sont devenues glaciales. Je me réfugiais dans ma chambre la plupart du temps, en prétextant que je faisais mes devoirs. Lorsqu’il fallait retrouver la famille, je me réfugiais dans un mutisme (de langage et d’émotion), jusqu’à devenir impénétrable. “j’ai grandi comme ça…”. il n’a que 29 ans mais sa lucidité détonne.

« Aujourd’hui c’est un peu mieux….MAIS je reste avare en paroles en sa présence. Il suffit d’un élément déclencheur pour que je retourne dans cet état d’inhibition. »

LE HAUT POTENTIEL ET L’INHIBITION AU  TRAVAIL

“De manière générale, mon rapport à l’autorité est très difficile. A l’école, surtout dès le lycée, …je me tenais généralement en retrait. J’évaluais les enseignants et n’acceptais d’écouter que ceux pour qui j’avais une certaine admiration. Je considérais que ceux qui récitaient leurs fiches sans comprendre en profondeur ce qu’ils racontaient ne méritaient aucune attention.Je me débrouillais pour avoir d’excellents résultats sans TRAVAILLER. J’arrivais tous les jours en retard à l’école, sans exceptionmais  on ne me le reprochait pas …

A l’heure d’aujourd’hui, une partie de moi refuse violemment toute forme d’autorité, toute contrainte, de manière automatique, surtout lorsqu’elle me parait infondée ou injuste. Je ne parviens pas à être ponctuel, respecter mes engagements, je ne comprends pas les conventions sociales.”

Jules sait très bien trouver les failles du système pour justifier son inhibition. mais à être hors système, il se perd ….il n’arrivera pas à poursuivre ses études, ira dans tous les sens ….De notre travail, de nos entretiens, il voit une issue…et il s’y accroche.Il est régulier dans les séances, il développe son boulot. Il va mieux. Evidemment il a des down parfois mais ça passe. 06/2018, il est réinséré dans le système, il a un travail à temps complet correspondant à ses qualifications.